Revue Littéraire : « Paranoïa », Melissa Bellevigne (GoldenWendyBeauty)

PARANOIA

Une critique littéraire sur un blog beauté, c’est comme un expert comptable déguisé en Sephorette ; pas courant. Pourtant je lis beaucoup (et je critique beaucoup aussi)  alors c’est le lieu idéal pour vous parler du premier roman de Melissa Bellevigne, que vous connaissez sous le pseudo GoldenWendy, sous lequel elle réalise ses articles et vidéo beauté-maternité.

J’ai pré-commandé le roman en question il y a quelques mois, dès l’annonce de Melissa, plus par soutien que par curiosité au départ, puis j’ai commencé à en voir des teasers partout (parution de la couverture, premières lectures d’extraits…), ç’a suffit à attiser ma curiosité et mon impatience. J’ai reçu « Paranoïa » le 1er avril, et je l’avais terminé le 2, tranquille Emile.

Synopsis : Lisa, psychiatre, va rencontrer sa nouvelle patiente : Judy, internée pour paranoïa et hallucinations, enceinte de cinq mois et qui refuse de s’alimenter. Dès leur première entrevue, la jeune femme qui se dresse face à elle fait preuve d’une lucidité et d’un discernement hors pair. Entretien après entretien, Judy lui livre en effet une curieuse histoire, mêlant sa quête des racines familiales en Angleterre et la présence invisible d’un certain Alwyn…

Mon avis : Travaillant moi-même en psychiatrie, j’ai été partagée entre deux sentiments dès les premières pages du livre ; l’idée que l’auteur avait fait un bon travail de recherche concernant les pathologies psy, expliquant par de nombreuses descriptions différents aspects d’un symptôme (schizophrénie, délire de persécution), tentant d’approcher de près le sentiment profond du personnage ; mais également un sentiment d’incohérence quant à au quotidien dans un service de psychiatrie (déformation professionnelle, sans doute ?). Par exemple, la présence de médecins et de psychiatres qui mènent des entretiens réguliers (quotidiens), et qui cherchent à faire « évoluer » la personne prise en charge ; ça m’a semblé très utopique, car les patients psychiatriques sont livrés aux soignants et éducateurs, et les médecins cherchent bien plus à stabiliser leur état, si pitoyable soit-il, qu’à les faire évoluer. D’ailleurs, les personnes schizophrènes sont ceux auxquels on n’essaie pas de tirer les vers du nez : on leur laisse leur propre vérité, on ne cherche pas à discuter leurs hallucinations (sans pour autant les conforter dans cette idée).

Ces petits « hics » n’ont rien enlevé, à mon avis, à la force du récit ; mais la seule chose qui m’a gratouillé un peu, c’est cette « ouverture » trop soudaine de Judy, patiente si renfermée au début de l’histoire, refusant même l’alimentation, qui plus est schizophrène… Lorsque j’ai commencé à lire le roman, j’avais vraiment l’impression de me trouver face à un personnage souffrant de troubles psychiatriques : renfermement, mutisme, refus de l’alimentation, description d’un corps fermé au monde ; alors cette « confiance » trop rapide m’a un peu perturbé, car je suis bien placée pour savoir qu’il faut parfois plusieurs années pour qu’une personne placée en hôpital psy s’ouvre ne serait-ce qu’à une seule personne. (Spoiler : Toujours est-il que si l’on cherche un peu, il est probable que Judy ne soit même pas schizophrène, non ? De quoi nous rendre complètement barge).

La chose qui m’a le plus parlé dans ce livre, c’est la place qu’occupe le bébé de Judy, enfant idéalisé par Lisa, infertile, dont le seul rêve est d’attendre un bébé : je me suis beaucoup identifiée à elle… Je suis également infertile, et soigner les gens vire parfois à l’obsession, ainsi que trouver des solutions à leurs troubles. Cette volonté de s’occuper l’esprit pour anesthésier son ressenti quotidien, d’étouffer son être dans le travail, et mettre sa vie entre parenthèses pour ne pas penser qu’on n’a pas droit de vivre la vie dont on rêve… je ne connais que trop bien.

J’ai adoré la partie de la « quête » de Judy, à savoir tenter de comprendre pourquoi, depuis sa plus tendre enfance, elle est suivie par Alwyn ; pourquoi il a toujours été là. J’ai apprécié que l’auteur nous mette un peu le doute en cours de route : Judy, pauvre folle ? Jeune femme censée que personne ne croit ? Lisa, prisonnière de son obsession, ne vire-t-elle pas un peu foldingue aussi ? L’intrigue a t-elle vraiment eu lieu ?

J’ai beaucoup moins aimé l’histoire d’amour qui unit Judy et Alwyn. Sans doute mon côté pragmatique ; j’ai trouvé qu’elle était tout à fait adaptée aux jeunes lecteurs et lectrices mais qu’avec mon vécu et mes goûts en matière d’imaginaire (livres, films), l’amour entre les deux personnages était un peu trop « évident » (je ne sais pas si je me fais bien comprendre…). J’aurais plutôt préféré les voir lutter l’un contre l’autre, dans une haine qui aurait duré tout au long de l’intrigue, ce qui aurait pu donner des scènes intéressantes et peut-être plus « adultes » ?

Et concernant la fameuse fin du roman… elle pourrait sembler trop peu aboutie ou trop rapide : c’est vrai qu’on tombe sur le c** car, en tournant la dernière page, on ne s’attend pas à ce qu’il reste si peu à se mettre sous la dent. C’est à la fois une coupure sèche et à la fois une fin bien ouverte, parée à l’éventualité, prometteuse (un deuxième tome, Melissa ?). Non, on ne peut pas répondre à toutes les questions du livre, et c’est à la fois rageant et génial. Chacun peut voir la fin du bouquin comme il l’entend ; c’est assez généreux de la part de l’auteur, je trouve !

Pour finir, la plume de Melissa est vive, on sent les influences de diverses littératures fantastiques et policères. Si j’avais dix ans de moins, je dirais que c’est un roman noir ; aujourd’hui je dirais que c’est un joli roman pour ceux qui aiment le mystère !

Et vous, lirez-vous « Paranoïa » ?

#aboutparanoia

  signature-fanny

3 Comments

  • J’étais très tentée de l’acheter en passant par la Fnac, mais le trouver au rayon « romans jeunes » m’a un peu freinée.

    Ta critique a ravivé mon envie de le lire et de me plonger dans l’intrigue. C’est justement le côté légèrement « mystérieux / dark » qui me plaisait. Merci 🙂

    • Beaucoup de critiques (j’en ai lu pas mal) trouvent que le côté mystérieux n’est pas assez exploité ; d’autres trouvent qu’il est bien creusé… c’est un peu kiff-kiff !

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