Le Maquillage : une thérapie ! Mon atelier à l’Hôpital

OUI

Si vous me suivez un peu, vous savez que je travaille en milieu hospitalier. Je ne vous dirai pas dans quel hôpital car je crains de devoir gérer des hordes de groupies par la suite ; mais je travaille particulièrement dans un service qui accueille des personnes handicapées ou souffrant de troubles psychiatriques (schizophrénie, syndromes dépressifs, etc).

Mon métier est un savant mélange de connaissances médicales (laver les personnes, reconnaître un problème médical rien qu’au toucher), de savoir-faire pratique (laver 25 personnes et 25 chambres en une heure et demie : fastoche !) , et de capacités relationnelles hors du commun (gérer des crises de nerfs, des crises de paranoïa, de violence) ; le tout en ayant des ressources en animation (« agadou-doudou, pousse l’ananas et mouds l’café ! »). Dans mon service, j’ai une chance que des soignants de services « classiques » n’ont pas : je peux gérer des ateliers qui me plaisent. J’anime par exemple une « chorale » (le mot est grand), et je monte des spectacles de cinq minutes (dont je suis très fière). Je m’occupe aussi souvent des ateliers esthétiques de mon service : bains thérapeutiques, soins du corps, massages, épilation et maquillage.

Faut dire qu’en milieu institutionnel ou hôpital, l’image corporelle en prend un coup. Je ne sais pas si vous avez déjà été hospitalisés, mais entre la toilette au lit à la savonnette et le manque de temps des soignants ; c’est pas la joie. Et puis, l’estime de soi des personnes handicapées ou présentant des troubles psychiatriques en prend un coup supplémentaire : elles ont beau ne pas être « malade » physiquement, pas blessées, pas proches de la mort : la société les place sur le banc de touche.

Notre budget, comme dans tout hôpital public, avoisine le ras-des-pâquerettes. Nous devons chaque année, avec très peu d’argent, gérer les différentes fêtes (Noël, Pâques), mais aussi les sorties de nos résidents : Et oui, ils ont quand même le droit de sortir ! D’ailleurs, ils ne vivent que pour ça, ils ne parlent que de ça ! Ceux qui ne peuvent pas parler regardent les fenêtres pendant des heures, nous montrent parfois le jardin, puis la route…

Moi, je me bats pour mon atelier esthétique avec trois pauvres vernis à ongles que j’ai ramené de chez moi, un peu de mon vieux maquillage et de quelques crèmes : autant dire que ça me fait enrager quand je pense à tout le make-up qu’on brasse, nous, les blogueuses beauté ; parfois même du maquillage qu’on a porté une ou deux fois seulement, des cosmétiques qu’on a à peine ouverts ! Et si je me prenais à rêver que je pouvais récupérer du matériel ?

De plus, l’école d’Aide-Soignante de mon hôpital, celle dont je suis sortie diplômée il y a trois ans, m’a demandé d’animer un atelier spécifique pour les étudiantes, dans lequel j’aimerais aborder non seulement le bien-être que procure le maquillage mais aussi les bases nécessaires pour animer un atelier thérapeutique ; j’aimerais leur montrer que dans leur parcours en tant que jeunes soignantes, elles vont pouvoir pratiquer le maquillage sur les personnes malades / handicapées ; j’aimerais leur démontrer comment et quand pratiquer le maquillage thérapeutique et leur donner les clés de cet acte de soin qui procure bien-être, estime de soi, confiance, et lien social. A travers le maquillage, on ne cherche pas à cacher la maladie mais à être bien dans sa peau « malgré » la maladie. La personne participe activement à sa mise en beauté, en fonction de son autonomie (tenir un pinceau, s’appliquer de la crème…). Nous avons tous une personne de notre famille placée en institution, nous allons pour la plupart y terminer nos jours ; l’hôpital est un milieu fade, froid, difficile ; il est temps de mettre l’accent sur le bien-être des soignés comme des soignants.

J’ai commencé à passer un appel sur Twitter, pour tenter de susciter l’envie d’une marque de sponsoriser la journée, qui aura lieu en juin. Je comprends les marques, qui n’ont pas manifesté d’intérêt : en sponsorisant une journée à l’hôpital, elles gagneraient en image… mais ne susciteraient pas l’achat ! J’ai donc un peu laissé tomber l’idée. Mais, surtout, j’ai eu une aide incroyable de la part des blogueuses, qui ont été nombreuses à relayer mes tweets et à proposer leur aide, à savoir me proposer l’envoi de quelques produits neufs ou peu usagés, que j’utiliserai donc pour toutes ces occasions.

Cet article n’est pas un appel au don ; il explique seulement mon envie de développer plusieurs ateliers à travers les hôpitaux de ma région. Si toutefois vous habitez la région parisienne et que vous avez quelques pinceaux ou produits à donner, c’est avec joie que j’organiserai une rencontre parisienne le 7 mai prochain.

A toutes celles qui donnent, un grand merci !

  signature-fanny

8 Comments

  • J’avais aperçu vaguement sans tout comprendre trop occupée par mes soucis personnels et je trouve ton idée juste magnifique. Étant moi-même dépressive, avec une très très faible estime de soi, ayant connu les HP pour 1 proche ou moi-même quand j’étais plus jeune, je comprends, et je trouve super que plus de monde comprennent (comme tu as indiqué que des blogueuses ont relayé) parce qu effectivement les malades psys sont mis en marge. Or ne serait-ce que la dépression et la bipolarité devraient être mieux connues à notre époque. Je trouve que le soutien d’une marque en terme d’image aurait été très bien et aurait pu susciter l’achat, sisi. Mais c’est le début alors relayons, relayons, je te félicite pour ton action, et ton difficile travail. De gros bisous.

  • bravo Fanny pour ton initiative ! un massage des mains par ex avec une huile parfumée fait un bien fou au corps et au mental .
    dommage qu’aucune marque n’est embrayée sur ta proposition .
    pas parisienne, je ne pourrais pas te rencontrer
    bonne continuation, bises

  • Ton idée est géniale ! Si tu peux recevoir des colis (je ne suis pas parisienne) je serais heureuse de te faire parvenir quelques produits ! Bravo encore, et bonne continuation !

  • Superbe idée. Tu recherches que du make-up ou aussi des soins (hydratant, démaquillant?)
    Je vais regarder ce que j’ai dans mes placards, je te recontacte et partage ton article sur ma page. Bises bonne journée

  • Coucou !
    C’est vraiment une très belle idée ! 🙂 Je sais que des gens extérieurs peuvent venir pour faire le ‘clown’, mais crois-tu que cela soit possible pour ce genre d’atelier ? Qu’une personne extérieure aide une infirmière ou aide-soignante ?

    Merci pour ta réponse !

    • Bonjour Océane ! Malheureusement ça n’existe pas. C’est la Direction qui s’occupe de ça, et ça existe peut-être dans de « gros » hôpitaux comme à Paris, où on demande souvent des bénévoles dans les associations. Désolée de ne pas pouvoir t’en dire plus.

  • Bonjour,
    Je tombe sur blog un en faisant quelques recherches sur les ateliers maquillage en centre hospitalier.
    Je suis esthéticienne et je reverais de pouvoir mettre en place ce genre de projet au sein de l’hôpital de ma ville. Malheureusement je ne peux pas le faire de façon bénévole. Pense-tu qu’il est possible que la direction d’un hopital accepte un partenariat rémunéré?

    • Coucou Celia,
      Malheureusement l’hôpital public est en pleine faillite et fait des économies partout 🙁 Mais tu peux aller voir du côté des associations, parfois elles embauchent ! Bises

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